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LA FENÊTRE

Aujourd'hui il pleut. Ce fut la première chose qui me vint en tête quand j'ouvris les yeux. Ce n'était pas vraiment une pensée, juste une réalité qui s'est imposée à mon corps embrouillé. Je titubai en enjambant le matelas, la moustiquaire soulevée. Il y a des jours avec et des jours sans. Pourtant j'adore les jours de pluie. Elle vivifie des souvenirs d'une enfance heureuse, les gouttes de pluies sous les manguiers de la maison familiale, les poissons qui se frayaient un chemin dans les canalisations vers des destinations inconnues, pour moi, des mangues mûres qui tombaient sans se faire prier, avec des bruits doux et sirupeux

L'odeur de la terre, dont les brûlures étaient calmées par les nuages, tout ça ramenait à moi une nostalgie douce.

Plus on grandit, plus on se rend compte que nous n'avions été heureux que les premières années. Après les hommes ne vivent que dans le passé ou pour pleurer.

Il pleut. La vitre de ma fenêtre dégoulinait. J'eus envie de me rapprocher et de souffler dessus, ensuite je dessinerai un cœur, avec juste un doigt. Ce serait amusant. À quoi ressemblait le dehors. Peut-être y avait-il là une belle dame, surprise par la pluie. C'est toujours beau une jolie femme mouillée.

Tout ça pour ne pas penser à la fenêtre. Elle était encore fermée. Et cela faisait des mois maintenant que le scénario durait.

Je vérifiai les joints, juste comme ça. Je savais, mais je devais vérifier. Les jointures étaient solidement accrochées et les encoignures hermétiques. Depuis quelques semaines, à chacun de mes réveils ma fenêtre était toujours fermée. Ce n'était pas moi. Et hier en allant me coucher je me suis d'ailleurs assuré de l'ouvrir. Il s'agissait de ces fenêtres "alu", fenêtre des voyeurs, coulissant sur un train figé au mur. Vous voyez de jour comme de nuit tout, mais les autres ne vous voient pas. Un courant de vent n'aurait pu la fermer. Au début, je me disais que j'avais un problème de mémoire. Je rentrais trop épuisé souvent et dormais sans m'en rendre compte. Puis j'ai pensé aux esprits...

J'ai aussi pensé à une femme de nuit, une ex fâchée qui se vengeait, un voisin envieux... mais bien que n'étant pas un bon coup, j'ai toujours réussi à garder de bonnes relations avec mes ex et je ne connaissais pas les voisins. Je n'aime pas les ventilateurs, ils me rendaient malades, si bien qu'il me fallait la fenêtre grande ouverte la nuit et dormir sous les murmures de la lune. Et hier nuit, je m'étais assuré de l'ouvrir, non j'ai fait plus que ça, je l'ai écartée et j'étais resté là, accoudé, humant l'obscurité et espérant.

Il fallait que je sache, je n'en dormais plus. Il me faut des caméras, installées partout.

C'est étrange toutes ces choses d'espionnage si accessibles aujourd'hui. En une demi-journée, tout était installé. Cela me mit mal à l'aise, mais je n'avais prévu aucune visite galante et à part ma propre vie, personne d'autre ne souffrirait de cette intrusion.

La nuit vint. Je restai éveillé plus longtemps que prévu. Puis j'eus des instants de perte et d'éveils. Je m'enfonçai dans les draps du maître du sable.

Le jour vint. Je me jetai sur l'appareil. Je vis le film et sur l'image, je me voyais me lever, nu, frissonner et fermer la fenêtre avant de retourner dormir comme un bébé.

FIN

Urbain AMOUSSOU

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